top of page

Marcel Marest (1917-1942), marin des Forces Françaises Libres « Mort pour la France »

  • Photo du rédacteur: Xavier Marest
    Xavier Marest
  • 14 mars
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 juil.


Dans mon premier article de présentation, j’expliquais comment j’ai attrapé le virus de la généalogie, je voulais simplement savoir où se trouvait le navire-hôpital sur lequel mon grand-père est décédé en 1942. Aujourd’hui, une simple recherche sur Google me donnerait le résultat en quelques secondes. A l’époque – en 1993 – la seule solution était d’écrire aux Ministères de la Défense britannique et italien. Londres m’a répondu – et fourni la réponse à ma question – en 3 jours ! Rome en 3 ans…


Voici donc son histoire.

Marcel MAREST en mai 1935
Marcel MAREST en mai 1935

 

Dans toute généalogie, certains noms s’accompagnent d’une histoire particulière. Celui de Marcel Robert Roger MAREST, mon grand-père paternel, appartient à ces destins marqués par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Marin engagé très jeune, combattant des Forces Françaises Libres, il disparut en mer en 1942 lors du naufrage du navire-hôpital Ramb IV. Son parcours illustre à la fois l’engagement d’une génération et l’histoire maritime de la France libre.


Une enfance cherbourgeoise


Marcel Robert Roger Marest naît le 14 novembre 1917 à Octeville (Manche), au 81 rue Gambetta. Il est le fils de Jules Auguste Alexandre Marest, charpentier en marine, et d’Émilie Marthe Théven, couturière.

Jules et Emilie, les parents de Marcel, mes arrière-grand-parents
Jules et Emilie, les parents de Marcel, mes arrière-grand-parents

Il grandit dans un milieu lié à la mer, dans la région de Cherbourg. Il est le benjamin d’une fratrie comprenant notamment Roger François Eugène et Suzanne Marie Émilie.

Cette proximité avec le monde maritime explique sans doute son orientation : très jeune, il choisit la Marine.


Un engagement précoce dans la Marine


Le 2 janvier 1935, alors qu’il est encore étudiant, Marcel Marest s’engage volontairement pour cinq ans dans la Marine.

Sa carrière débute au dépôt de Cherbourg avant de passer par le centre d’instruction maritime. Il sert ensuite sur plusieurs bâtiments ou affectations, notamment :

  • la mission hydrographique en Indochine

  • le bâtiment Elorn

  • la défense littorale de Cherbourg à la veille de la guerre

 

Au fil des années, il gravit les échelons :

  • matelot breveté

  • quartier-maître fourrier

  • puis second-maître fourrier à partir de juillet 1941.


Mariage et vie familiale


Au début de la guerre, Marcel fonde également une famille. Le 6 mai 1939, il épouse Simone Germaine Renée DURAND au Tronquay (Calvados). Le couple est très jeune : lui a 21 ans, elle seulement 18 ans.


Marcel Marest et Simone Durand en 1939
Marcel Marest et Simone Durand en 1939

Quelques mois plus tard, leur fils Gilbert Jean Gaston MAREST naît le 4 décembre 1939.

Petite anecdote à ce sujet : lorsque ma grand-mère m’a montré son livret de famille, je me suis immédiatement rendu compte qu’entre mai et décembre, il n’y avait pas 9 mois. C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu ma grand-mère rougir en me répondant « ton papa était un enfant de l’Amour ».



Mais la guerre bouleverse rapidement leur vie.


Dans les Forces Françaises Libres


Après la défaite de 1940, Marcel Marest rejoint les Forces Navales Françaises Libres. Il est affecté au 1er bataillon de fusiliers-marins, unité engagée aux côtés des forces britanniques.

Au cours d’une action le 31 octobre 1940, il est grièvement blessé mais reste à son poste de combat jusqu’à la fin de l’action, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de la 1ère Division des Française Libre. Ses états de service soulignent un marin « d’une rare conscience professionnelle, toujours volontaire pour les missions les plus diverses, admiré de ses chefs et de ses camarades. »



En 1942, il participe aux opérations militaires en Libye, aux côtés de la 8e armée britannique, dans le contexte de la guerre du désert.


L’épisode de Bir Hakeim et l’évacuation


Un témoignage précieux permet d’entrevoir un moment très concret de sa vie au front. Ce témoignage est d’autant plus précieux que la légende familiale depuis plus de 50 ans racontait qu’il avait été grièvement blessé et amputé d’une jambe.

Peu après avoir adhéré au Cercle Généalogique de la Manche en 1995, Monsieur Paul Leterrier, ancien combattant ayant servi dans la même unité, m’adresse une lettre et me raconte avoir connu mon grand-père au Moyen-Orient.

Selon lui, au printemps 1942, alors que les fusiliers-marins occupent leurs positions près de Bir Hakeim, Marcel doit quitter temporairement le front pour une raison inattendue : il a perdu ou cassé ses lunettes. Myopie oblige, il est évacué vers Tobrouk, avec l’intention de rejoindre Alexandrie afin d’en faire fabriquer une nouvelle paire. Il embarque alors sur un navire-hôpital britannique.


Le naufrage du navire-hôpital Ramb IV


Le navire en question est le RAMB IV, qui était à l’origine un cargo rapide italien construit en 1937 à Trieste pour le transport de bananes en Afrique orientale italienne. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il fut transformé par l’Italie en navire-hôpital, officiellement déclaré comme tel en février 1941.Après la prise du port de Massawa par les forces britanniques le 10 avril 1941, le navire passa sous contrôle britannique. Les autorités décidèrent de conserver son statut de navire-hôpital protégé par la Convention de Genève, afin de remplacer un bâtiment britannique endommagé. Après des travaux pour l’adapter aux normes médicales britanniques, il devint le British Army Hospital Ship RAMB IV.


Navire-hôpital RAMB IV
Navire-hôpital RAMB IV

Le 9 mai 1942, il quitte Tobrouk avec plusieurs centaines de patients à bord. Le lendemain matin, 10 mai 1942, vers 8 h 50 au large d’Alexandrie, le navire est attaqué par un avion ennemi (italien selon le rapport officiel du Ministère de la Défense de Sa Majesté à Londres, allemand selon le rapport officiel du Ministero della Difesa à Rome). Trois bombes explosent à bord, provoquant un incendie violent dans plusieurs salles de patients. L’équipage et le personnel médical organisèrent rapidement l’évacuation. Les patients de la salle A purent être sauvés, mais ceux des salles B et C furent en grande partie piégés par l’incendie. Des navires de la Royal Navy, dont les dragueurs de mines HMS Derby et HMS Harrow, arrivèrent rapidement pour porter secours. Malgré les efforts pour maîtriser le feu et tenter de remorquer le navire vers Alexandrie, les dégâts étaient trop importants. Pour éviter qu’il ne devienne un danger pour la navigation, le RAMB IV fut finalement torpillé par le destroyer HMS Hasty et coula dans la soirée, à environ 12 milles au large d’Alexandrie.


Position du RAMB IV (31° 17' N et 29° 23' E, à environ 400 mètres de profondeur)
Position du RAMB IV (31° 17' N et 29° 23' E, à environ 400 mètres de profondeur)

Sur les 60 membres d’équipage, la plupart survécurent. En revanche, les pertes parmi les patients et le personnel médical furent lourdes : 7 membres du Royal Army Medical Corps et 154 patients alliés périrent dans la catastrophe. Parmi eux se trouve mon grand-père Marcel MAREST, âgé de seulement 24 ans.


« Mort pour la France »


Marcel Marest est officiellement déclaré disparu en mer le 10 mai 1942 lors de la perte du RAMB IV. Après la guerre, il reçoit plusieurs distinctions à titre posthume :

  • Croix de guerre 1939-1945 avec palme

  • Médaille militaire

  • citation à l’ordre de la Division de la 1ère Division Française Libre.

Il est reconnu « Mort pour la France », mention accordée aux soldats morts au combat ou des suites de la guerre.


Un destin interrompu


Comme beaucoup de soldats de la France libre, Marcel Marest a connu une trajectoire brève mais intense : engagé à 17 ans, combattant sur plusieurs théâtres d’opérations, marié et père avant 22 ans, il disparaît en mer à 24 ans.


Son histoire est celle d’un homme ordinaire emporté par l’Histoire, mais aussi celle d’un engagement courageux au sein des Forces Françaises Libres. Aujourd’hui, grâce aux archives militaires, aux documents familiaux et aux témoignages comme celui de Monsieur Leterrier, il est possible de redonner un visage et une histoire à ce nom inscrit dans les registres militaires.


Et, pour sa famille comme pour les passionnés de généalogie, cela permet de faire vivre la mémoire de Marcel Marest, marin de la France libre.


Monument aux morts du Tronquay (14)
Monument aux morts du Tronquay (14)

Commentaires


bottom of page