Deux branches, deux destins : l'histoire fascinante de la famille MITJAVILE
- Xavier Marest
- 21 août
- 5 min de lecture

Origines de la famille MITJAVILE
La famille MITJAVILE trouve ses racines dans les Pyrénées-Orientales, au cœur du pays catalan français. Au XIXᵉ siècle, plusieurs générations y exercent des métiers liés à l'éducation et à l'artisanat. L'un des ancêtres majeurs est Dominique Bonaventure François MITJAVILE, né le 29 janvier 1825 à Dorres, instituteur, qui fonde une institution scolaire au Soler et exerce toute sa vie dans la région.
Il épouse Gertrude Marie Grace CHRISTOFOL, elle aussi institutrice. Leur famille incarne alors une tradition d'instruction et d'ascension sociale. Cinq enfants naissent de cette union, dont seulement deux atteignent l'âge adulte :
Dominique Joseph Sauveur MITJAVILE (1853)
Henry François Archange Télesphore MITJAVILE (1856)
À partir de cette génération, la famille se divise en deux grandes branches dont les destins seront très différents.
La branche algérienne
Henry François Archange Télesphore MITJAVILE
Le cadet, Henry François Archange Télesphore MITJAVILE, né en 1856 à Pia, quitte le Roussillon pour chercher fortune en Algérie française, suivant un mouvement migratoire fréquent à l'époque.
Il devient cuisinier et s'installe à Sidi-Bel-Abbès dans le département d'Oran, où il épouse en 1887 Léonie BLANCHET, teinturière originaire d'un petit village de Seine-et-Marne, issue d'une famille bien mystérieuse.
De cette union naissent quatre enfants :
Auguste Antoine MITJAVILE (né Blanchet), dont j'ai déjà parlé ici et ici
Henriette MITJAVILE
Dominique MITJAVILE (mort en bas âge)
Andrée Marie MITJAVILE
C'est cette branche qui s'enracine durablement en Algérie. Je publierai prochainement un article sur la demande de concession d'Henry.
Auguste Antoine (né Blanchet) MITJAVILE - Une vie entre Algérie, guerre et Europe

Auguste Antoine MITJAVILE naît le 27 juin 1882 à Mostaganem. À sa naissance, il porte le nom BLANCHET, car ses parents ne sont pas encore mariés ; il sera légitimé lors du mariage de ceux-ci en 1887.
Il devient transitaire, profession liée au commerce maritime et au transport international.
Le 17 août 1907, à Alger, il épouse Jeanne Joséphine BOTTARO, bijoutière issue d'une famille d'origine gênoise de par son père et minorquine de par sa mère.


Deux filles naissent de cette union : Marie-Antoinette Jeanne Valérie MITJAVILE (1908) et Valéry Henriette Thérèse MITJAVILE (1910) .
Durant la Première Guerre mondiale, Auguste sert comme soldat au 2ᵉ Régiment de Marche d’Afrique. Téléphoniste détaché auprès de l'armée britannique, il se distingue par son courage, mais est grièvement blessé et amputé du bras gauche. Pour sa conduite, il reçoit la Croix de guerre avec palme.
Il décède le 14 août 1935 à Genève, à l'âge de 53 ans, probablement lors d'une visite chez son couple d'amis à Monnetier-Mornex en Haute-Savoie.
Son corps a été rapatrié à Alger, où il a été enterré.

Marie-Antoinette Jeanne Valérie MITJAVILE - Héritière d'une lignée méditerranéenne
Ma grand-mère « Mimi », née le 2 juin 1908 à Alger, est la première des deux filles d'Auguste Antoine MITJAVILE et de Jeanne Joséphine BOTTARO.
Elle grandit dans une famille mêlant influences françaises catalanes et italiennes.
Mariée à Alger en 1939 avec mon grand-père, obligée de quitter l'Algérie en 1962, elle termine sa vie à Nice et décède le 13 novembre 2001, à l'âge de 93 ans.
La seconde branche de la famille - roussillonnaise
Dominique Joseph Sauveur MITJAVILE – entrepreneur dynamique, maire et chevalier de la Légion d'Honneur

Le frère aîné d'Henry, Dominique Joseph Sauveur MITJAVILE, né le 1er novembre 1853 au Soler, suit un destin très différent.
Entrepreneur dynamique, il devient transitaire et fonde une entreprise prospère : les Transports Mitjavile, spécialisée dans le transport des vins, primeurs et denrées périssables.
Installé à Cerbère, il joue un rôle majeur dans le développement de la ville. Il est notamment :
premier maire de Cerbère (le hameau de Cerbère qui appartenait toujours à Banyuls, devient indépendant en 1888, et Dominique Mitjavile, premier adjoint du maire de Banyuls, sera le premier maire de la nouvelle commune de Cerbère le 15 juillet 1888),
chevalier de la Légion d’honneur,
figure importante de l'économie locale.
Il épouse en 1875 à Argelès-sur-Mer Marie Almaïde Antoinette GALY.
Cinq enfants naissent de leur union : Marie Almaïde Antoinette MITJAVILE (1876), Henri Joseph Dominique MITJAVILE (1880), Camille René Charles MITJAVILE (1882), René Pierre MITJAVILE (1885, décédé enfant) et Georges Raoult Henri MITJAVILE (1889) .
Cette branche, restée dans le Roussillon, semble avoir acquis une position sociale et économique plus aisée, notamment grâce à l'entreprise familiale.
Une rupture familiale mystérieuse
La rupture apparente entre les deux branches de la famille MITJAVILE — celle de Dominique Joseph Sauveur, restée dans les Pyrénées-Orientales, et celle de Henry François Archange Télesphore, installée en Algérie — reste aujourd'hui difficile à expliquer avec certitude. Toutefois, l'analyse des dates, des situations sociales et des trajectoires familiales permet d'envisager plusieurs hypothèses plausibles.
La première tient au contexte familial et moral de la fin du XIXᵉ siècle. Henry François et Léonie Blanchet eurent plusieurs enfants avant leur mariage en 1887. Deux d'entre eux, Auguste Antoine et Henriette, naquirent hors mariage et ne furent reconnus et légitimés qu'au moment de l'union officielle de leurs parents. Dans la société de l'époque, notamment dans les milieux ruraux ou bourgeois attachés à la respectabilité, une telle situation pouvait être mal perçue et créer des tensions au sein d'une famille. Cette situation aurait pu contribuer à éloigner les deux branches.
Une deuxième hypothèse concerne les différences sociales croissantes entre les deux lignées. Tandis que Dominique Joseph bâtit à Cerbère une entreprise prospère et accède à des responsabilités politiques locales, son frère Henry mène une vie plus modeste. Installé en Algérie comme cuisinier, il appartient à un milieu social très différent. Avec le temps, l'écart de statut entre les deux branches aurait pu favoriser une prise de distance progressive.
Enfin, il ne faut pas négliger l'éloignement géographique et colonial. À la fin du XIXᵉ siècle, l'Algérie française représente pour beaucoup de familles un nouveau monde. Les communications restent longues et coûteuses. Une branche de la famille se développe alors dans le Roussillon, tandis que l'autre s'enracine en Afrique du Nord, évoluant dans des contextes culturels et sociaux différents.
Ainsi, la rupture entre les deux branches MITJAVILE pourrait être le résultat d'une combinaison de facteurs : différences de statut social, situations familiales délicates et éloignement géographique durable.
Néanmoins, une découverte récente semble relativiser cette rupture. En effet, j'ai découvert Auguste (mon arrière-grand-père, fils d'Henry) à l'âge de 13 ans dans le recensement de Cerbère de 1896 chez son oncle Dominique Joseph Sauveur. Pourquoi ? Cela restera un mystère mais je pense pour le former car Dominique était négociant, ce que deviendra Auguste plus tard également.
Une famille entre Catalogne, Algérie et Méditerranée
Ainsi, entre 1880 et 1960, la famille MITJAVILE incarne deux histoires parallèles. À Cerbère, une branche participe à l'essor économique d'une ville frontalière du Roussillon et s'inscrit dans la notabilité locale. En Algérie, l'autre branche s'intègre à la société coloniale et traverse les bouleversements du XXᵉ siècle, de la Grande Guerre aux profondes transformations de la Méditerranée française.
Ces deux trajectoires, issues d'une même famille catalane d'instituteurs, témoignent de la diversité des chemins empruntés par les familles françaises à l'époque moderne. Entre la stabilité d'un ancrage régional et l'aventure d'une migration coloniale, la famille MITJAVILE se déploie ainsi sur les deux rives de la Méditerranée, écrivant une histoire familiale faite de contrastes, de séparations et de destins croisés.




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