Les marraines de guerre : un lien précieux entre le front et l’arrière
- Xavier Marest
- 6 juin
- 3 min de lecture

Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme déjà lors de la Première Guerre mondiale, de nombreuses femmes devinrent ce que l’on appelait des marraines de guerre. Leur rôle était simple mais essentiel : écrire aux soldats pour leur apporter soutien, réconfort et un peu de chaleur humaine dans un quotidien marqué par l’incertitude et l’éloignement.
Ces correspondances naissaient souvent grâce à des associations, des journaux ou des réseaux d’entraide qui mettaient en relation des civils avec des militaires. Les marraines envoyaient des lettres, parfois des colis, et partageaient des nouvelles de la vie à l’arrière. Pour les soldats, ces messages représentaient un moment d’évasion et un rappel qu’ils n’étaient pas oubliés.
Les lettres de marraines de guerre témoignent aujourd'hui d’une dimension très humaine du conflit. On y trouve des mots d’encouragement, des confidences, parfois même des débuts d’amitié — et plus rarement des sentiments amoureux. Elles racontent aussi la vie quotidienne, les espoirs et les inquiétudes de ceux qui vivaient loin du front.
Dans mes recherches généalogiques, j’ai eu la chance de rentrer en possession de quelques lettres adressées à mon grand-père paternel, Marcel, par des marraines de guerre. Ces documents offrent un regard intime sur cette période et sur les liens qui pouvaient se créer entre inconnus unis par les circonstances de la guerre. Je souhaite partager ici deux de ces lettres, afin de faire revivre ces voix du passé et de préserver cette mémoire familiale.
Lettre d’une marraine de guerre de Toronto en date du 22 septembre 1940
Bien cher Marcel,
Sans doute vous-même serez étonné de recevoir une lettre du Canada et par une femme inconnue de vous, mais mon cœur parlera pour moi, car je suis de Tourcoing (nord de la France), lequel j’ai quitté il y a un peu plus de 12 ans.
J’ose espérer que cette lettre vous parviendra, tout d’abord j’admire votre courage de quitter notre terre natale pour joindre l’armée du grand Général de Gaulle.
Quelles tristes choses que cette faiblesse du roi Léopold et pire encore la défaite de la France, mais ne perdons pas courage, ayons confiance en l’Angleterre, elle-même souffre tant en ce moment. Soyons persuadés que la providence viendra à notre secours et que le plus tôt possible nous sortons de ce terrible fléau victorieux et plus forts que jamais.
Comme cela doit vous être pénible de n’avoir aucune nouvelle des vôtres ! J’en sais quelque chose, car de 1914 à 1918 nous étions à Tourcoing, comme ils le sont à présent, sous la domination des boches et pendant 4 ans, nous sommes restés sans nouvelles de nos chers soldats. Je suis très inquiète en ce moment au sujet d’un Marcel qui m’est bien cher au cœur, il est le fils unique de mes meilleurs amis de Tourcoing. Sa dernière lettre était datée du 12 mai, il était à ce moment-là du côté de la ligne Maginot : Marcel Martinache, S.P. 9124, peut-être auriez-vous la chance d’obtenir quelque chose. [J’ai en effet trouvé sur le site Mémoire des Hommes qu’il était décédé le 28 mai 1940 à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais.]
La dernière lettre reçue de mon frère était également écrite en mai. Je crois que Tourcoing a été bombardée, mais je crois que pas beaucoup ont eu la chance de se sauver. Oh ! comme je souffre d’être dans l’incertitude, si ça n’est pas trop vous demander, peut-être pourriez-vous me renseigner. Voici son adresse : Emile Putte, 164 rue de la Baille, Tourcoing. [Je ne l’ai pas trouvé sur le site Mémoire des Hommes, espérons qu'elle a pu revoir son fils un jour.]
De quel endroit êtes-vous en France ? Ecrivez-moi sitôt que cela vous sera permis et si je puis vous aider en quelque chose, dites-le-moi bien simplement, car j’ai moi-même un fils âgé de 19 ans et si j’en étais séparée ce serait une consolation que de savoir que quelqu'un me remplace près de lui.
Donc, bon courage cher Marcel, un bonjour de ma part à mes compatriotes et je vous souhaite à tous une bonne santé et bonne chance.
J’ajoute à ma lettre l’article lu dans le journal qui m’a fait connaître votre nom et adresse.
N’attendez pas trop longtemps pour m’écrire, car dès aujourd'hui je vais compter les jours.
Marie Audenaert

Lettre d’une marraine de guerre de Montréal en date du 15 août 1940
Monsieur Marcel Marest
Par un heureux hasard votre adresse m’est tombée sous la main. Je serais heureuse de correspondre avec vous si mon style vous plaît naturellement.
Je n’ai aucune prétention sur mes qualités littéraires, j’essayerai de vous distraire du grand cauchemar qu’est la guerre. Si je réussis, ce sera déjà beaucoup, ne croyez-vous pas ?
Alors dans l’attente d’une réponse favorable, je signe
Francoise Daniel

Ces correspondances, modestes en apparence, constituent aujourd'hui de précieux témoignages historiques et généalogiques, révélant la solidarité et l’humanité qui subsistaient même au cœur de la guerre.




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