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Jusqu'à Adam et Ève... ou presque ?

  • Photo du rédacteur: Xavier Marest
    Xavier Marest
  • il y a 1 minute
  • 3 min de lecture

Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la famille d'Aliénor de Meurdrac, l'une de mes ancêtres de la 15ᵉ génération dans la Manche, je ne m'attendais pas à un tel voyage dans le temps.

En consultant plusieurs arbres sur Geneanet, j'ai vu sa généalogie remonter sans difficulté jusqu'à Charlemagne. Puis aux rois mérovingiens. Puis aux empereurs romains. Puis aux rois de Juda. Et finalement... jusqu'à Adam et Ève, bien avant Jésus-Christ.

 

Je dois reconnaître que la première réaction est toujours la même : « Et si c'était vrai ? »

 

Après tout, lorsqu'une même filiation apparaît dans des dizaines, voire des centaines d'arbres, on est tenté de penser qu'elle repose forcément sur quelque chose de solide.

Pourtant, en généalogie, le nombre de fois où une information est répétée ne constitue pas une preuve.

 

Dans le cas d'Aliénor de Meurdrac, les premières générations sont relativement rassurantes. On y retrouve des familles nobles bien connues du Cotentin, des ouvrages spécialisés, des travaux de Philippe Devillard, du père Gibert, de La Chesnaye-Desbois ou encore des bases comme Pierfit. Les filiations ne sont pas toutes incontestables, mais elles s'appuient généralement sur une documentation identifiable et peuvent être discutées de manière critique.

 

Puis, peu à peu, la nature des sources change.

Au Moyen Âge, les chartes, les aveux, les cartulaires ou certains actes permettent encore d'établir de nombreuses parentés, notamment dans la noblesse. Mais plus on remonte, plus les documents deviennent rares. Les lacunes apparaissent. Les hypothèses se multiplient.

 

Arrive alors le moment où l'on franchit un véritable fossé.

Relier une famille médiévale aux Carolingiens est déjà un exercice délicat. La raccorder ensuite aux Mérovingiens l'est davantage encore. Quant aux rois bibliques, aux héros de l'Antiquité ou à Adam et Ève, on quitte tout simplement le domaine de l'histoire pour entrer dans celui de la tradition, des reconstructions anciennes ou de la mythologie.

Le problème est que ces transitions ne sont pas toujours visibles dans les arbres en ligne. Toutes les générations se ressemblent graphiquement. Pourtant, elles n'ont pas toutes la même valeur.

 

J'aime comparer une généalogie à une chaîne. Les dix premiers maillons peuvent être en acier. Le onzième peut déjà être plus fragile. Et si un seul maillon cède, tout ce qui suit ne repose plus sur rien. C'est précisément ce qui explique la prudence des historiens. Une généalogie n'est jamais plus solide que sa filiation la moins bien démontrée.

 

Alors pourquoi retrouve-t-on ces longues ascendances dans autant d'arbres ?

La réponse est souvent beaucoup plus simple qu'on ne l'imagine. Quelqu'un publie un arbre. D'autres le recopient. Puis d'autres recopient les copieurs.

Au fil des années, une hypothèse finit par donner l'impression d'être une certitude uniquement parce qu'elle est devenue omniprésente.

En généalogie, cinquante arbres identiques ne représentent pas cinquante preuves indépendantes. Ils peuvent très bien provenir d'une seule et même source reproduite des dizaines de fois.

 

C'est une règle que j'essaie d'appliquer dans toutes mes recherches.

Je préfère toujours revenir au document le plus ancien possible plutôt que de compter le nombre d'arbres qui affirment la même chose.

 

Cela ne signifie pas qu'il faille rejeter systématiquement toutes les grandes ascendances. Certaines filiations menant à Charlemagne sont aujourd'hui considérées comme très probables, voire solidement établies par les médiévistes. Mais elles sont peu nombreuses et chacune repose sur un examen critique des sources disponibles.

En revanche, lorsqu'un arbre franchit sans difficulté plus de deux mille ans d'histoire pour relier un chevalier normand du XVIᵉ siècle aux patriarches de la Bible, il est raisonnable de garder un esprit critique.

Après tout, les registres paroissiaux n'apparaissent qu'au XVIᵉ siècle. Avant eux, les actes notariés, les chartes ou les chroniques permettent parfois de poursuivre les recherches. Mais ces documents deviennent progressivement plus rares et plus fragmentaires. Imaginer une chaîne de filiations ininterrompue sur plus de trois millénaires relève davantage du rêve que de la démonstration historique.

 

Finalement, en généalogie, la qualité vaut bien mieux que la quantité.

Je préfère une lignée de douze ou quinze générations dont chaque parenté est démontrée par des sources qu'une ascendance de cinquante-deux générations dont les vingt dernières reposent sur des hypothèses impossibles à vérifier.

Car le véritable plaisir de la généalogie n'est pas de pouvoir dire que l'on descend d'Adam, de Jules César ou de Charlemagne. Il est de retrouver, document après document, la trace de femmes et d'hommes ordinaires qui ont réellement vécu et sans lesquels nous ne serions tout simplement pas là.

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