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Ces jumeaux et triplés cachés dans les registres

  • Photo du rédacteur: Xavier Marest
    Xavier Marest
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

En généalogie, certaines découvertes dépassent largement la simple accumulation de dates et de filiations. Elles ouvrent soudain une fenêtre sur l’intimité des familles d’autrefois et rappellent que derrière chaque acte se cache une histoire profondément humaine.


Parmi ces découvertes figurent les naissances multiples.


Au fil de mes recherches, plusieurs actes de naissance et de baptême ont révélé l’existence de jumeaux dans différentes branches de mon arbre généalogique. Plus étonnant encore, une famille normande du début du XIXe siècle a vu naître des triplés, dont les trois enfants atteindront l’âge adulte.

Ces naissances multiples, aujourd’hui relativement banales aux yeux d’une société habituée aux progrès de la médecine moderne, représentaient autrefois des événements rares et souvent périlleux.

 

Des jumeaux dans les registres anciens

 

Le cas le plus ancien retrouvé dans mon arbre remonte au XVIIe siècle.

Le 29 octobre 1655 naissent à Brix (Manche) Jacques et Jean FOUQUET, enfants de mes sosa 1096 et 1097. Jean décèdera à l’âge de 3 mois. Je n’ai pas trouvé ce qu’il est advenu de Jacques.

L'antépénultième jour d'octobre 1655 furent b Jacques et Jean Fouquet fils de François et de Marie Salmon sa fe, le premier nommé par Jacques Dupont, l'autre nommé par ..... fe de Jean Adam
L'antépénultième jour d'octobre 1655 furent b Jacques et Jean Fouquet fils de François et de Marie Salmon sa fe, le premier nommé par Jacques Dupont, l'autre nommé par ..... fe de Jean Adam

Quelques décennies plus tard, le 4 avril 1680, Marguerite (ma sosa 1313) et Marie BAYEUX voient elles aussi le jour le même jour à Crépon (Calvados). Marie décédera à l’âge de 34 mois, mon ancêtre Marguerite à l’âge de 41 ans.

 

Les actes paroissiaux confirment sans ambiguïté ces naissances gémellaires. Pourtant, les registres restent d’une grande sobriété. Le curé ne s’attarde pas sur le caractère exceptionnel de l’événement. Les actes enregistrent les baptêmes avec la même rigueur que pour n’importe quel autre enfant.


Cette discrétion est révélatrice de la fonction même des registres paroissiaux sous l’Ancien Régime. Leur objectif n’est pas de raconter la vie des familles mais d’attester les sacrements. Au généalogiste moderne revient alors le travail de reconstituer les fratries et de redonner du relief à ces existences.


Au XVIIe siècle, une naissance multiple constituait pourtant une véritable épreuve. Les accouchements avaient lieu à domicile, assistés par une sage-femme ou par des femmes du voisinage. Les risques étaient considérables pour la mère comme pour les enfants. La mortalité infantile demeurait élevée et le baptême intervenait souvent dans les heures suivant la naissance afin de garantir le salut de l’enfant en cas de décès précoce.

Imaginer l’arrivée de deux nouveau-nés dans une maison rurale de Normandie au milieu du XVIIe siècle permet de mesurer ce que ces événements représentaient concrètement pour les familles.

 

Le XIXe siècle et des registres plus précis

 

Les siècles suivants offrent des actes plus détaillés et des états civils mieux structurés. Les naissances multiples deviennent plus faciles à suivre à travers les registres, les recensements et les mariages.

Dans mon arbre apparaissent ainsi Jacques Sauveur et Pierre Sauveur CHRISTOFOL, deux des onze enfants de mes sosa 114 et 115, nés le 25 juin 1821 à Err (Pyrénées-Orientales), l’un décédé à l’âge de 11 mois et l’autre 4 mois plus tard.

 

Même au XIXe siècle, une naissance gémellaire reste un événement peu fréquent. Les familles rurales doivent faire face à une charge matérielle et humaine importante, dans une société où la mortalité infantile continue de frapper durement les jeunes enfants.

Ces actes rappellent aussi une réalité souvent oubliée : avant les progrès de l’obstétrique moderne et de l’hygiène médicale, chaque accouchement comportait une part de danger. Celle-ci augmentait encore lorsqu’il s’agissait de jumeaux ou de triplés.

 

Les triplés DURAND d’Amblie : une naissance hors du commun

 

Mais le cas le plus remarquable de mon arbre demeure celui des triplés DURAND.

Le 16 juillet 1813, à Amblie dans le Calvados, Pierre Guillaume DURAND et Marie Françoise Adélaïde MARTIN voient naître trois enfants :

  • Adélaïde DURAND

  • Victoire DURAND

  • Pierre DURAND (mon sosa 40)

Les actes de naissance attestent clairement cette triple naissance.



 

Nous sommes alors sous le Premier Empire. Napoléon règne encore sur la France et, dans les campagnes normandes, les accouchements se déroulent toujours à domicile dans des conditions médicales rudimentaires. Une naissance triple représente alors un événement exceptionnel autant qu’un immense danger.

 

Le plus remarquable est peut-être ailleurs : les trois enfants survivront.

Adélaïde se marie en 1835 et donne naissance à deux fils avant de mourir prématurément en 1840, quatre mois après son second accouchement à Fontaine-Henry. Victoire se marie en 1837 et fonde également une famille. Pierre épouse quant à lui sa femme en 1851 et devient père de sept enfants avant son décès en 1867.

Les recensements d’Amblie permettent même de suivre une partie de leur vie quotidienne. Pierre et Victoire vivent encore dans la même maison en 1836 puis en 1846. En 1851, juste avant son mariage, Pierre réside avec sa sœur cadette Joséphine, décrite comme propriétaire.


À travers ces quelques lignes administratives surgit alors toute une famille du XIXe siècle : des frères et sœurs nés ensemble, grandissant ensemble et partageant longtemps le même foyer dans une petite commune du Bessin.

 

Lire autrement les registres

 

Ces jumeaux et ces triplés rappellent finalement qu’un arbre généalogique ne se résume jamais à une succession de noms.

Les registres anciens contiennent parfois des événements extraordinaires dissimulés sous des formules très simples. Derrière deux actes rédigés à quelques minutes d’intervalle ou trois déclarations enregistrées le même jour se cachent des accouchements difficiles, des familles bouleversées, des enfances fragiles et parfois des destins entiers.

Ils rappellent aussi combien la généalogie permet d’observer l’histoire à une échelle intime. Les grandes statistiques démographiques évoquent les naissances multiples comme des phénomènes rares. Les archives familiales, elles, permettent de leur redonner des visages, des maisons, des métiers, des mariages et des vies.

Et soudain, au détour d’un registre jauni du XVIIe ou du XIXe siècle, le passé devient beaucoup plus vivant.

1 commentaire


Zélie
il y a 5 jours

Votre article est tres intéressant. J'ai aussi eu des cas de jumeaux mais jamais de triplés.

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