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Partir sur les traces de mes ancêtres en Cerdagne

Photo du rédacteur: Xavier Marest
Xavier Marest
6 sept.
4 min de lecture

Dans quelques jours, je vais découvrir une région dont je ne connaissais rien – même pas le nom – avant de me lancer dans la généalogie. Une région absente de nos souvenirs familiaux, de nos récits, de nos discussions. Et pourtant, en remontant mon arbre généalogique, une évidence s'est imposée : pendant plusieurs siècles, une branche entière de ma famille a vécu en Cerdagne.

Dans quelques villages très proches les uns des autres — Dorres, Err, Targassonne, Llo, Osséja, Bolquère, Formiguères — mes ancêtres se sont succédé génération après génération. Ils y sont nés, s'y sont mariés, y ont été enterrés. Et nous, nous n'y avons jamais mis les pieds.

 

La Cerdagne est une vallée des Pyrénées-Orientales à part. Large, ouverte, tournée vers les échanges, elle n'a rien d'un territoire enclavé. Pourtant, depuis 1659, elle est traversée par une frontière entre la France et l'Espagne. Trois siècles plus tard, cette frontière semble ancienne, mais elle ne correspond pas entièrement à la réalité vécue par les habitants des XVIIIe et XIXe siècles. Car mes ancêtres vivaient d'abord dans un monde catalan.

 

Cela se lit très concrètement dans les registres. En parcourant les actes, on voit apparaître une transition progressive entre le catalan et le français. Non pas un basculement net, mais un mélange. Certains actes sont rédigés dans une langue hybride, où les deux coexistent dans une même phrase. Les prénoms changent de forme selon les moments : Miquel devient Michel, Jaume devient Jacques. Ce n'est pas seulement une question de langue, c'est le reflet d'un territoire qui passe lentement d'un cadre à un autre, sans rupture brutale.

Acte de baptême de Francoise Thérèse RIU le 7 avril 1744 à Dorres
Acte de baptême de Francoise Thérèse RIU le 7 avril 1744 à Dorres

Entre 1700 et 1900, la Cerdagne ne connaît pas de grands bouleversements spectaculaires, mais elle n'est pas pour autant immobile. Elle est touchée, comme le reste du royaume, par des événements plus diffus mais bien réels : des périodes de disette, des hivers rigoureux, des épidémies récurrentes, notamment au XVIIIe siècle. La Révolution française marque aussi une rupture importante, avec la fin du monopole de l'Église sur l'état civil et l'intégration plus forte à l'administration française. Mais dans les villages, ces changements sont progressifs, parfois presque imperceptibles à l'échelle d’une vie.


Ce que montrent les actes, en revanche, c'est la diversité sociale de mes ancêtres. Beaucoup sont désignés comme brassiers, c'est-à-dire des journaliers vivant de leur travail au jour le jour, sans propriété importante. Ce terme revient régulièrement et donne une image assez claire d'une partie de leur quotidien : une vie modeste, dépendante du travail disponible, ancrée dans une économie locale exigeante.

Mais tous ne se trouvent pas dans cette situation. D'autres apparaissent comme pagès — un terme catalan que l'on rencontre fréquemment dans les registres de la région. Le pagès n'est pas un simple ouvrier agricole : il s'agit généralement d'un paysan exploitant, souvent à la tête d'un mas, parfois propriétaire ou fermier d'une exploitation importante. Ce statut traduit une position plus stable, parfois même une certaine aisance, dans la hiérarchie rurale locale.

C'est le cas par exemple de Michel Balaguer (mon sosa 914), dont le testament témoigne d'une situation bien différente de celle des simples journaliers. À travers ce type de document, on devine une vie plus structurée, des biens à transmettre, des liens familiaux organisés — tout un univers qui échappe en grande partie aux seuls registres paroissiaux.

Cette coexistence entre brassiers et pagès dessine une société villageoise plus contrastée qu'il n'y paraît, où se côtoient travailleurs journaliers et familles agricoles solidement établies.

 

La paroisse structure cette société. C'est elle qui rythme les existences, et ce sont ses registres qui permettent aujourd'hui de retrouver ces vies. À travers eux apparaissent des familles comme les Mitjavila, les Riu, les Palau, les Marty ou les Aymar, présentes dans la vallée sur plusieurs générations.

Mais ces registres montrent aussi leurs limites.

Ainsi, à la génération 7, on trouve Miquel Mitjavila, marié à Anna Maria Fortuny en 1740. Cet acte de mariage existe, mais il est extrêmement pauvre en informations. Pas de filiation claire, peu de détails exploitables. Contrairement à d'autres régions où les actes permettent de remonter facilement au début du XVIIe siècle, ici la recherche se heurte rapidement à des impasses. Ce couple illustre bien cette frustration : on sait qu'ils sont là, mais on peine à aller au-delà.

Acte de mariage de Miquel Mitjavila et Anna Maria Fortuny le 5 décembre 1740 à Dorres
Acte de mariage de Miquel Mitjavila et Anna Maria Fortuny le 5 décembre 1740 à Dorres

Et pourtant, on sent que l'histoire ne s'arrête pas là.

Car en Cerdagne, la vie ne passe pas uniquement par l'Église. Les habitants ont très souvent recours aux notaires. Testaments, contrats de mariage, ventes, reconnaissances de dettes… toute une documentation existe, bien plus riche, bien plus détaillée. Le testament de Michel Balaguer en est un exemple concret : il montre qu'il est possible d'entrer beaucoup plus finement dans la vie de ces familles. Je suis en train d'écrire un article sur ce testament, à suivre...

 

Mais ces archives ont une particularité décisive : elles ne sont pas numérisées.

Elles sont conservées, pour l'essentiel, aux Archives Départementales de Perpignan. Pour les exploiter, il faudrait s'y rendre, consulter les liasses, passer des heures à lire, à comparer, à recouper. C'est un autre type de recherche, beaucoup plus long, beaucoup plus exigeant. Peut-être un projet pour plus tard, à la retraite...

Testament de mon ancêtre Michel Balaguer, conservé aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales
Testament de mon ancêtre Michel Balaguer, conservé aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales

En attendant, ce que l'on perçoit déjà, c'est une société stable, où les familles vivent dans un périmètre relativement restreint, se croisent et se recroisent au fil des générations. Sans être une exception dans mon arbre, cette concentration géographique prend ici une forme particulièrement lisible, presque tangible.

 

C'est cette continuité que je vais chercher en me rendant sur place.

Je vais marcher dans ces villages, entrer dans ces églises, regarder ces paysages que mes ancêtres ont connus sans jamais imaginer qu'un jour, plusieurs générations plus tard, quelqu'un reviendrait les chercher.

Ce ne sera pas un simple voyage. Ce sera une manière de donner une réalité à cette branche de mon arbre, de relier des noms à des lieux, et peut-être, simplement, de mieux comprendre d'où je viens.

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